jeudi, mai 01, 2008

Vivons heureux en attendant la mort

[...]
- Eh bien oui. Vos jours sont comptes. A mon avis, dans le meilleur des cas, vous en avez pour trente a quarante ans. Maximum.
- Mais si ce n'est pas un cancer, comment s'appelle cette maladie ?
- C'est la vie.
- La vie ? Vous voulez dire que je suis...
- Vivant, oui, helas.
- Mais ou est-ce que j'ai pu attraper une pareille saloperie ?
- C'est malheureusement hereditaire. Je ne dis pas cela pour tenter de vous consoler, mais c'est une maladie tres repandue dans le monde. Il est a craindre qu'elle ne soit pas vaincue de sitot. Ce qu'il faudrait, c'est rendre obligatoire la contraception pour tout le monde. Ce serait la seule prevention reellement efficace. Mais les gens ne sont pas murs. Ils forniquent a tire-larigot sans meme penser qu'ils risquent a tout moment de se reproduire, contribuant ainsi a l'extension de l'epidemie de vie qui frappe le monde depuis des lustres.
- Oui, bon, d'accord. Mais moi, en attendant, qu'est-ce que je peux faire pour attenuer mes souffrances ? J'ai mal docteur, j'ai mal.
- Avant l'issue finale, qui devrait se situer vers la fin de ce siecle, si tout va bien, vos troubles physiques et mentaux iront en s'aggravant de facon ineluctable. En ce qui concerne les premiers, il n'y a pas grand-chose a faire. Vous allez vous racornir, vous retrecir, vous coincer, vous durcir, vous fletrir. Vous allez perdre vos dents, vos cheuveux, vos yeux, vos oreilles, votre voix, vos muscles, votre prostate, vos lunettes, etc.
Moralement, de tres nombreuses personnes parviennent cependant a supporter assez bien la vie en s'agitant pour oublier. C'est ainsi que certains sont champions de course a pied, presidents de la republique, alcooliques ou choeurs de l'armee rouge. Autant d'occupation qui ne debouchent evidemment sur rien d'autre que sur la mort, mais qui peuvent apporter chez le malade une euphorie passagere, ou meme permanente, chez les imbeciles notamment.
- Et vous n'avez pas d'autre medication a me suggerer ?
- Il y a bien la religion : c'est une defense naturelle qui permet a ceux qui la possedent de supporter relativement bien la vie en s'auto-suggerant qu'elle a un sens et qu'ils sont immortels.
- Soyons serieux...
- Alors, je ne vois plus qu'un remede pour guerir de la vie. C'est le suicide.
- Ca fait mal ?
- Non, mais c'est mortel... Voila, voila. C'est deux cents francs.
- Deux cents francs ? C'est cher !
- C'est la vie.

2 Commentaires

Anonymous Anonyme répond :

Rien à dire : j'a-dore !! Cynisme, réalisme, froideur, du grand Banzzai quoi !
So good !

2:50 PM  
Blogger BanZZ répond :

Oue merci moi aussi j'aime bien Desproges

2:52 PM  

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